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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 19:05

 

Puis on arriva à la station suivante. Le quai était bondé, et fourmillait d'activité, mais lorsque le train ouvrit ses portes, personne n'y monta. Quelques étranges individus en sortirent et partirent se fondre dans la masse grouillante. Le mur du fond de quai, lui aussi d'une hauteur vertigineuse, était occupé par des coursives en étages successifs, reliées les unes aux autres par des escaliers en zig-zag, mais personne n'avait l'air d'y prêter une quelconque attention, où qu'ils mènent et quelle que fusse leur utilité. Lorsqu'Alice voulut elle aussi descendre sur le quai, la foule était telle qu'elle ne put poser ne serait-ce qu'un pied au sol. Pour autant, personne ne lui prêtait la moindre attention. Elle remonta donc dans le wagon, le cœur serré d'angoisse. Les portes se refermèrent, et le train repartit.

 

« Ce n'était pas ton histoire, jeune fille. »

 

La voix qui venait de parler avait résonné très près de son oreille droite, et la fit sursauter. Elle se retourna, et fut soudain nez-à-nez avec l'énorme vieille dame. Vue d'aussi près elle était plus que vieille... De profondes rides plissaient la peau tavelée de son visage, tirant tous ses traits vers le bas et lui conférant une expression à la fois d'une infinie sagesse et profondément triste. Alice eut un mouvement de recul. L'ancêtre poursuivit calmement son explication :

 

« Les gens qui prennent ce train sont en route vers un nouveau chapitre de leur histoire. Nous sommes les personnages principaux de notre conte, et chacune des gares que nous croisons en est une étape. A nous de trouver comment réaliser la trame du récit et comment faire avancer la narration, même si nous marchons tous dans le noir, et ne savons pas où nous nous rendons. » La vieille femme dût s'arrêter un instant, essoufflée. Elle se rassit péniblement sur le strapontin trop étroit, puis reprit, fixant d'un air grave une Alice interdite.

 

« C'est ainsi que nous passons notre existence : nous satisfaisons aux besoins d'un scénario dont nous sommes le centre, et dont nous ne savons pas grand chose. Tout juste en connaissons-nous les règles principales ; tu as l'air perdue, petite. Moi, je suis dans le jeu depuis si longtemps. Laisse moi t'aider . Voilà une chose essentielle que tu ne devras jamais, jamais oublier, c'est la règle la plus importante si tu veux réussir à atteindre ton but sans te faire écraser par la foule des quais : sois ce que la trame attend de toi, sois une héroïne et fais avancer l'histoire. Je sais que certains arrivent ici par erreur, comme toi, par curiosité, mais une fois qu'on a mis le doigt dans cet engrenage, ce n'est plus possible de faire demi-tour : le train n'avance que dans un sens, et la locomotive est inatteignable, crois moi. Regarde autour de toi. »

Alice s'exécuta automatiquement, jetant un coup d'œil circulaire dans le wagon, s'attardant sur les passagers debout près des portes, puis sur les silhouettes indistinctes, trop floues, trop inconsistantes, assises dans les carrés.

 

« Ce sont des âmes perdues, qui n'ont pas su jouer leur rôle et qui sont bloquées ici dans le train, qui se laissent entraîner mais ne verront même pas quand ils arriveront à destination. Joue ton rôle, c'est le seul moyen. »

 

Le train s'était arrêté une nouvelle fois, Alice s'en rendit soudainement compte. Elle n'avait rien compris au monologue de l'aïeule, mais elle sentit que son regard lourd et chargé d'énigme attendait d'elle quelque chose. Jouer son rôle... Alice ouvrit la porte du wagon et descendit sur un quai presque désert, immense, lumineux. « Ne pas attirer l'attention de ces gens étranges, et pour ce faire, agir comme si tout était normal ». Elle se dirigea vers une grande cage d'escalier métallique. Face à la première volée de marches se déployait un étalage de verroterie, méli-mélo invraisemblable, dément, de vaisselle, boîtes, bijoux et autres objets à l'utilité mystérieuse, le tout entassé sur une table trop étroite, monté en pyramides scintillantes et transparentes. Un gros homme bizarre et silencieux se tenait debout à côté du capharnaüm. Mais il ne fallait pas s'arrêter... L'escalier se déployait sous un vaste dôme ; les marches métalliques à claires-voies s'échelonnaient, grimpaient en large hélice autour d'une colonne massive, et se perdaient dans une pénombre d'altitude ; il y avait probablement un plafond quelque part, puisque des breloques étincelantes pendillaient, incongrûment suspendues à des ficelles de longueurs inégales au dessus de la tête d'Alice, nullement menaçantes, tournoyant lentement, avec légèreté et même, une certaine joie. Alice s'engagea dans l'escalier montant. Elle allait sortir de là.

 

Tandis qu'elle entamait la longue ascension, le souffle déjà court et les muscles raidissants, à chaque pas, le petit galet lisse qu'elle portait en pendentif sous ses vêtements rebondissait contre sa poitrine, comme les battements d'un deuxième cœur.

 

 

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 19:05

 

Alice regarda tout cela avec une hébétude incrédule ; comment tout cela pouvait-il simplement être possible ? Elle ne voyait pas quel train pourrait emprunter cette voie, et quand bien même, pourquoi aurait-on construit une gare à cet endroit, en pleine campagne ? Qui, et à quelle époque ? Cet escalier était manifestement bien plus ancien que le lieu auquel il aboutissait ; et enfin, pourquoi aurait-on construit un endroit aussi haut de plafond ? Pour ce qu'elle en savait, le tout n'aurait même pas dû pouvoir tenir debout. Mais où donc était-elle ?

Elle fut interrompue dans ses réflexions par un souffle d'air provenant du tunnel. En même temps que le souffle prenait en force, elle perçut un grondement d'abord lointain, puis de plus en plus proche. Elle rejoignit le quai ; une grande horloge de gare, suspendue à mi-hauteur du mur en face d'elle, indiquait l'heure. Le train entra en gare. C'était un vieux train tracté par une locomotive à vapeur, qui pourtant n'en dégageait aucune. La rouille avait sérieusement attaqué la carrosserie, qui avait vraisemblablement été rouge à l'origine ; toutes les vitres étaient sombres, comme si l'intérieur du train n'était éclairé d'aucune manière. Les portes en accordéon du wagon se trouvant devant Alice s'ouvrirent, avec un rebond mou de gonds bien huilés. Elle s'avança avec une hésitation, posa un pied sur le marchepied métallique, et puis elle embarqua.

 

L'intérieur du train avait tout de la rame de métro classique. L'éclairage blanc et lumineux tranchait avec l'atmosphère désuète du quai ; les chromes des barres luisaient doucement et les vitres accrochaient des éclats de reflets dans leurs surfaces lisses et sombres. Il y avait des passagers, dans ce train. Trois hommes attendaient leur arrêt debout au milieu de l'habitacle, se tenant d'une main à la barre centrale, tous trois en costume à carreaux, avec haut-de-forme et monocle. L'un deux portait une moustache impressionnante, grise et coiffée avec soin, en guidon de vélo. Le second tenait dans sa main libre un parapluie fermé, si bien plié qu'il semblait neuf. Le troisième sortit de la poche de son veston une montre à gousset qu'il consulta en fronçant un sourcil, avant de la ranger d'un geste précis et élégant. Le monocle leur donnait une expression solennelle et un peu sévère. Ils semblaient sûrs d'eux et imperturbables.

Divers personnages étaient assis dans le wagon, seuls ou par petits groupes, et discutant à voix basse. Une énorme vieille dame était assise face à Alice et aux trois hommes, débordant assez largement de son siège, vêtue d'une robe noire parsemée de petites fleurs, avec sur les épaules un châles à franges rose, sa tête dépassant du dossier coiffée d'un gros chignon blanc et d'un minuscule chapeau à dentelle. Elle tenait sur ses genoux serrés un sac à main de tissu noir, les deux mains en pince, les bras repliés dans une position de mante religieuse. Un grand nez surmonté de culs de bouteille ronds inspirait lentement puis soufflait profondément ce qui semblait être à Alice un gigantesque volume d'air, emportant dans leur courant de nombreux poils de narines poivre et sel, qui ondulaient rythmiquement en une longue danse binaire interminable et hypnotique.

Alice, qui commençait à être sérieusement inquiète, préféra ne pas détailler les autres passagers, et se dit qu'il vaudrait mieux descendre de ce train beaucoup trop bizarre à la prochaine station, sortir d'ici le plus vite possible, rentrer chez elle et ne plus jamais revenir -du moins, pas toute seule, et pas sans explication rationnelle de ce qu'elle voyait (ou croyait voir) ici. Le train poursuivait sa route vers on ne savait où, tortillant sur des rails bien trop sinueux, montant dans d'étroits boyaux obscurs des pentes si raides qu'il fallait presque se suspendre aux barres pour ne pas tomber au fond du wagon, puis redescendant avec la même brusquerie.

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 19:03

 

Ce n'était pas une cave. Ni un tombeau, heureusement ! Elle se trouvait au pied de l'immense escalier, au seuil d'une grande salle manifestement toute en longueur, aux murs de pierre, séparée en deux par un gouffre central, là où le sol disparaissait brusquement et tombait à pic. Elle discernait assez bien le mur opposé, mais les extrémités de la pièce restaient repliées dans le noir. Elle s'avança sur le sol pavé de larges dalles bien plates, longeant prudemment le mur. Ici il y avait un écho, qui lui renvoyait vaguement son souffle un peu haché. L'obscurité était totale, seulement déchirée par la lueur de sa lampe frontale ; pas moyen d'embrasser toute la salle d'un regard. Elle leva la tête, pour découvrir qu'il lui était impossible de voir le plafond : l'endroit devait être immense. Elle marcha jusqu'au mur du fond sans rencontrer d'obstacle ou d'autre issue dans les parois latérales, mais finit par distinguer une ouverture béante en ogive à cette extrémité de la pièce, qui enjambait la bande noire du précipice, rectiligne et large comme un canal. Ce n'est qu'alors qu'elle comprit. Elle s'approcha jusqu'au bord de la faille, et s'y pencha pour regarder. Elle n'était même pas profonde d'un mètre, en réalité, mais l'épaisseur de l'obscurité l'avait empêchée de le réaliser plus tôt.

Comme la colonne vertébrale d'un golem ou d'un Goliath, posée dans les charbons froids, il y avait de grands rails.

Le quai se prolongeait sous l'ogive sous la forme d'une étroite plateforme, sur laquelle elle s'engagea. En fouillant le mur des yeux, maigrement éclairée par le halo blafard, elle trouva un boîtier métallique rouillé accroché à la muraille. Il y avait probablement eu une vitre pour protéger le tableau électrique qui s'y nichait, mais Alice n'en trouva pas trace. Elle introduisit la main dans l'espace ouvert livrant la série de fusibles et d'interrupteurs, elle abaissa le plus gros d'entre eux. Et la lumière se fit, dans un grand clignotement, avec force vrombissements de machines archaïques ; une lumière jaune et épaisse comme une liqueur se déversa en longues coulées sur le quai de gare, satura l'atmosphère de tons chauds, colora la pierre d'ocres et de sépia, tassa des brassées d'obscurité dans le tunnel ferroviaire, ne laissant d'ombre que dans les coins et les renfoncements, enroulées autour des reliefs comme de longues herbes aquatiques prises aux troncs des saules après une crue. De longues rampes pendaient du plafond immensément haut, clignotant avec irrégularité, à tour de rôle, comme autant d'yeux mal réveillés.

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 19:02

 

Elle descendit encore. Cela n'en finissait pas. Le son de ses pas se mêlait à celui de sa respiration en succession monotone, mécanique, de souffle et de frottements mats ; loin de résonner, on aurait plutôt dit que le boyau dans lequel dévalait cet interminable escalier étouffait le bruit. Régulièrement, un léger courant d'air croisait Alice et faisait trembler une mèche sur son front. Impossible d'en déterminer l'origine ; peut-être qu'elle allait déboucher sur un réseau de grottes souterraines, avec toute cette humidité. Il devait en tous cas y avoir un autre accès quelque part, ouvert lui aussi sur l'extérieur, ce qui expliquerait ce souffle d'air intermittent. Oui, c'était certainement la bonne explication. Il faisait assez bon ici, ni chaud en dépit de la saison, ni froid en dépit de la profondeur. En fait, plus elle avançait, mieux elle se sentait, entourée de toute part par la pierre et la terre, comme blottie dans un corps gigantesque, accueillant et bienveillant. Son galet se balançait doucement contre sa peau au rythme de son pas. Alice se sentit gagnée lentement par l'endormissement, bercée par son propre mouvement régulier, par l'identique du décor autour d'elle, par la tiédeur de l'endroit et la régularité du souffle montant, qui la balayait sans la réveiller. Une à une les marches passaient sous ses pieds, et elle n'avait plus connaissance de la profondeur à laquelle elle se mouvait, ni de la pierre autour d'elle, ni d'ailleurs de son propre mouvement. Elle était à nouveau ailleurs, très loin dans son propre esprit, là où les pensées défilent et s'enchaînent plus vite que le cerveau ne les formule, là où les idées naissent (ou se déposent) avec une acuité foudroyante, juste avant que la conscience ne s'en saisisse et ne tente de les façonner à la forge du langage. Elle s'imaginait être très présente au monde physique, mais y fut brutalement rappelée au moment où son pied rencontra inopinément un sol plat là où il s'attendait à trouver la marche suivante. Elle trébucha violemment et failli tomber, ce qui la réveilla complètement. Lorsqu'elle se rendit compte qu'elle était enfin arrivée au fond de la cave, son cœur s'emballa, elle tourna lentement sur elle-même, la bouche soudainement sèche et les yeux grand ouverts, pour percer la pénombre et détailler les lieux.

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 19:02

 

Elle traversa le jardin et la route déserte, escalada le talus herbeux, coupa comme d'habitude à travers champs pour gagner la lisière au plus proche, et pénétra dans le Petit Bois. Les troncs grinçaient, en se balançant doucement les uns contre les autres. La nuit était plus profonde ici, et moins bruyante. Les animaux sylvestres ont l'art de se faire discrets. Elle alluma la lampe frontale trouvée dans le garage, pour mieux éviter les ronces, et se dirigea avec hardiesse vers le vieux chêne, s'amusant de la sourde inquiétude nocturne qui lui serrait la gorge, automatisme de cerveau reptilien nourri en retour par une fertile imagination. N'empêche, elle sursauta plus d'une fois, croyant saisir un mouvement indistinct à la limite de son champ de vision, ou frôlée par la branche basse d'un arbuste inaperçu.

Elle atteignit sans grand soulagement sa destination. Là, dominant le bois de son imposante ramure, se tenait le grand arbre. De jour il n'avait jamais vraiment attiré son attention, mais dans ce paysage en dégradés de gris, sa silhouette sombre détachée sur fond de fouillis ténébreux semblait plus... présente. Assis le tronc droit sur le sol frais, entouré de toutes ses fortes racines noueuses, énorme, il faisait penser à une sorte de poulpe géant, figé en une position sévère, gardant un trésor englouti. Mais ce colosse d'arbre dégageait aussi une grâce toute végétale, engendrée par le naturel inexplicable de sa rugosité, de l'enchevêtrement de ses branches au travers duquel on apercevait encore quelques étoiles piquantes à force d'étinceler, et de l'ondulation immobile des racines qui se fondaient progressivement dans la terre. Le spectacle de cette ombre couronnée de ciel présidant aux ombres du bois, saisit davantage Alice que la vague impression de menace qui en émanait. Elle s'approcha de l'ouverture barrée qu'elle connaissait si bien, logée entre le chêne et la pierre. Penchant son buste au-dessus de l'escalier, elle tenta en vain de sonder son obscurité. La lampe frontale projetait une flaque ronde de lumière pâle, qui glissait sur les marches, s'accrochait un peu aux endroits humides, qu'elle faisait doucement reluire, puis se perdait, engloutie par le noir, dissipée. L'endroit était sans nul doute plus impressionnant qu'en journée ; Alice crut sentir un souffle d'air humide remonter des profondeurs de la cavité, et se recula instinctivement pour s'en protéger. Se maîtrisant pour ne pas tendre l'oreille (et si jamais elle entendait vraiment quelque chose ? ) elle se demanda finalement si cette expédition était vraiment une bonne idée... Mais elle n'allait pas se dégonfler maintenant ! Elle posa son sac sur les feuilles mortes qui formaient un épais tapis au sol, et en sortit la petite scie à métaux. Les travaux allaient être difficiles, et longs, mais elle comptait sur l'oxydation qui avait commencé à attaquer les barreaux par endroits.

Elle travailla pendant plusieurs heures avant de parvenir à dégager un passage suffisamment large pour elle dans la grille. Le bras en feu, elle considéra un instant son œuvre, les barres de métal alignées à côté du trou, et l'escalier désormais accessible... La grille mutilée lui procura un curieux sentiment de culpabilité, comme si cette solide barrière n'avait finalement été que la faible défense d'une entité trop vulnérable. C'était probablement ce qu'on devait ressentir en violant une tombe, à supposer que l'auteur d'un tel acte éprouve ce faisant quelque scrupule que ce soit. Mais non, c'était vraiment différent dans son cas : pas de tombeau, pas de pillage, seulement une petite visite et puis elle remonterait. Elle n'allait pas s'éterniser en bas, ça non. De toutes façons il faudrait qu'elle soit rentrée avant l'aube, ses grands-parents étaient plutôt du genre lève-tôt. Le cœur battant, elle s'engagea dans la volée de marches, et entama la descente qu'elle imaginait depuis si longtemps.

 

Degré à degré elle s'enfonçait dans le noir, la ligne de son regard se rapprochant rapidement du niveau du sol, puis soudainement, elle fut sous l'humus, sous les racines du chêne ; si elle l'avait trouvé énorme depuis la surface, maintenant qu'elle était dessous, il lui paraissait gigantesque, écrasante masse vivante fouissant la terre et brassant le ciel. Elle poursuivit sa descente dans l'obscurité croissante, précédée de quelques pas par le rond pâle projeté par sa lampe. Et les murs de pierre se refermèrent sur elle ; elle se trouva bientôt cloîtrée dans la cage d'escalier, tunnel aux parois humides et granuleuses, lourd d'odeurs mélangées de vieille eau et de poussière mouillée, parfum minéral des blocs froids sous ses pieds, et relents organiques de pourriture végétale. Loin en surplomb maintenant, elle apercevait encore l'ouverture entre les racines de l'arbre pluricentenaire, laissant passer une vague luminosité qui allait mourir sur la troisième marche, comme la fin d'une vague sur un rivage.

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 19:01

 

Cette fois c'était bon, elle avait enfin tout réuni. Aujourd'hui était le grand jour... Elle descendrait. Alice avait toujours été attirée par le monde souterrain ; petite elle collectionnait les pierres, elle en avait d'ailleurs toujours une sur elle, ce galet percé, qu'elle portait en pendentif au bout d'un lacet de cuir qui, neuf, avait été bleu foncé, et raide. Maintenant il était devenu sans couleur, et les années de frottements contre sa peau l'avaient graissé et assoupli. C'était son porte-bonheur, évidemment. Qu'aurait-il pu représenter d'autre ? Il n'était même pas beau, ce collier. Mais petit-à-petit, elle en était venue à le considérer un peu comme un résumé d'elle-même, un petit totem, doux, tiède et troué au milieu. Un galet dur, mais abrasé par toute une vie sous-marine, par tout un tas de petits grains siliceux. Un galet avec un creux à la place du cœur, comme un vide jamais comblé, un manque, un regret. Ou comme un insondable mystère...

Elle aimait bien le métro. Bon, bien sûr aux heures de pointe, elle l'appréciait autant que tout le monde, mais elle trouvait à ses tunnels obscurs, à ses rames grinçantes, à ses rails sombres posés dans la poussière, quelque chose de charmant, à mi-chemin entre la science-fiction et la maison hantée. Elle aimait par-dessus tout quand le train s'immobilisait à mi-trajet, entre deux stations, au milieu du tunnel ; les lumières du wagon s'éteignaient et on était alors plongé dans une atmosphère vaguement post-apocalyptique, arrêté dans un lieu de transfert qui n'est une destination pour personne. Dans ces moments-là, elle avait, quelque part, l'impression d'être à cheval entre deux dimensions.

Mais ça, ce n'était pas une bouche de métro, elle en était sûre. Pas ici, au beau milieu du Petit Bois. Elle y allait souvent pendant les vacances, et dans ses plus anciens souvenirs il y avait déjà le vieil escalier. Presque entièrement masquée par les racines d'un vieux chêne, l'entrée de ce qu'elle supposait être une cave ou un souterrain avait été soigneusement barrée par une grille massive de fer forgé, scellée dans de gros blocs couverts d'humus et de mousse. Combien d'après-midi avait-elle passées là, assise sur le bois noueux de l'arbre centenaire, au dessus de l'escalier d'un noir brillant là où l'humidité suintait, et vert foncé là où la mousse et les algues le couvraient ? En pensée, elle parvenait à se glisser dans l'espace laissé libre par les racines, entre les barreaux de la grille, foulait ces marches usées, polies par le temps, qu'elle avait apprises par cœur à force de contemplation. Elle progressait toujours plus avant, elle s'enfonçait dans la pénombre puis l'obscurité, et perdait la notion du temps. Le plus souvent, c'était la fraîcheur du soir qui la ramenait brusquement à la conscience du monde ; elle se levait, étirait ses jambes et son dos engourdis, frissonnait, restait encore quelques instants face au seuil, rongée par la curiosité de ce qui pouvait bien se trouver tout en bas, tentait parfois de secouer la grille mais toujours en vain, et rentrait à la maison, en échafaudant des plans pour dégager l'escalier.

 

Et ce serait aujourd'hui. Elle hissa le sac sur ses épaules et ferma doucement la porte de la chambre. Vibrante d'excitation et d'anxiété, elle descendit au rez-de-chaussée de la maison endormie, traversa le salon dans le tic-tac monotone de la grande comtoise et les ronflements légers de Capi, le vieux chien sourd, tourna précautionneusement la poignée de la porte d'entrée, et sortit. La nuit était tout, sauf silencieuse, ici à la campagne. L'air résonnait de stridulations et de chants de grenouilles, de hululement et de cris d'oiseaux nocturnes ; occasionnellement on entendait souffler des hérissons, glapir un renard, geindre quelque carnivore nocturne ou quelque proie malheureuse. La brise froufroutait dans les branches garnies de feuilles.

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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 18:59

 

Et moi l'automne, ça me fait penser à la forêt.

 

Faune, allégorie du sauvage

Ta peau d'animal sur tes pensées d'homme

Sent le bouc et la noix, le musc et la pomme

Tes pieds fourchus foulent la terre

La riche pourriture des sols humifères

Tes pistes ont des effluves ambrés

De champignons écrasés

 

Tu vis en reclus sous l'ombrage

Des forêts secrètes

Et les rêves que tu sécrètes

Sont anthropophages

Ils alternent désir et rage

Mort et fête

 

Tes plaisirs orgiaques dictés par l'instinct

Sont tempérés par les saisons

Tu ne crois pas à ton destin

Et la vie n'a pas de raison

Pour toi

Il n'y a que les bois, le vin et les chansons.

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3 février 2012 5 03 /02 /février /2012 02:09

C'était un matin comme les autres. Il était trop tôt, il faisait trop nuit, je n'avais pas assez dormi, et je haïs spontanément mon réveil de choisir précisément l'instant où, semblait-il, j'étais un plus profond du sommeil, pour se mettre à sonner. Après les quelques minutes de supplément douillet réglementaires, je tâtonnais au pied du lit pour trouver mes lunettes, les chaussai et m'extirpai des draps avec force bâillements ainsi qu'un puissant sentiment de regret. La descente vers la cuisine fut longue, froide et silencieuse ; mes pieds glissés dans de vieux chaussons avançaient seuls tandis que mon cerveau encore plein de lambeaux oniriques s'appliquait à me présenter tout l'attrait d'un petit déjeuner. Rituel apaisant du trop-tôt levé, fin de sommeil, mise en éveil. L'eau bout, le sucre fond, se mêle aux volutes théinées diluées bientôt dans un nuage blanchâtre de lait demi-écrémé pasteurisé en brique, qui éclabousse quand on le verse. Le bol est invariablement trop chaud, les tartines aussi ; mais quelques pas jusqu'à la table ne brûlent pas.
Mais ce matin-là différa par un détail infime, tout d'abord. Un sentiment ténu, insignifiant, de manque. Quelque chose n'allait pas, comme un mauvais rêve qui laisse un malaise diurne. Je montai à la salle de bains pour faire mes ablutions, afin de se montrer en société sous un aspect présentable. Et soudain, je compris.
Le miroir m'avait trahie. Ce fidèle objet, intraitable et impitoyable d'ordinaire, m'ignorait. Il ne renvoyait plus mon reflet ébouriffé ; le haut du pyjama que je sentais sur mes épaules, la brosse entre mes doigts, la mousse sur mes lèvres étaient bien visibles, eux. Ils semblaient flotter au milieu de la salle de bains, animés d'une vie propre. Ils flottaient vraiment ! Mes yeux fixèrent stupidement mes lunettes sans rencontrer mon regard, que j'avais joué étant jeune à ne pas croiser, sans tout à fait y parvenir, et même je m'étais amusée à tenter de me voir les yeux clos. Puis, la brosse à dent projeta quelques gouttes blanches en tombant dans la vasque. Je fermai les yeux de toutes mes forces en me concentrant sur le réveil qui allait sonner. Mais le silence seul continua de m'affirmer que je ne rêvais plus. Alors je finissais au plus vite ma toilette, en m'efforçant de ne pas regarder la glace, d'oublier même ce qui s'était passé.
Et tu y parvins. Tu t'habillas avec soulagement, car tu pouvais encore voir tes membres. De ton corps, seule la face manquait. Tu étais devenue un être sans visage. Pourtant à l'extérieur, au milieu des gens, personne ne sembla y faire attention. Les autres dans le bus, le train, le métro, dont tu attendais encore la réaction avec angoisse, ne semblaient pas voir ton amputation. Pour eux tu étais comme d'habitude, tu faisais partie de la masse dont il ne faut pas croiser le regard. Mais ce qui acheva de me rassurer pendant le jour fut que mes amis me voyaient toujours. Je ne parlai à personne de cet événement du miroir, et finis par me persuader que j'avais rêvé et par l'oublier. Devant le monde j'étais normale, j'étais quelqu'un. Devant le monde j'avais un visage.
Mais le soir tu dus te rendre de nouveau à cette épouvantable évidence : tu étais devenue invisible à toi-même. Tes parents t'avaient trouvée pâle. Le miroir ne te trouva pas.
Les jours se succédèrent sans que tu puisses encore une fois apercevoir ton reflet , même en guettant chaque vitrine, fenêtre ou surface lisse. Alors je commençai à douter des autres. Peut-être voulaient-ils te faire croire que tout était encore normal pour ne pas t'inquiéter ? Tu en vins à vouloir qu'ils te trompent, tous ces gens qui te voyaient mieux que toi. Tu leur demandas un matin, à tous séparément, quel visage tu avais. Leurs réponses te persuadèrent qu'ils mentaient bel et bien : d'après l'un tu avais le nez grec, d'après l'autre il était retroussé ; tes yeux étaient tantôt bruns, tantôt bleus, parfois tu portais des taches de rousseur, parfois une fossette au menton.
Elle réalisa alors qu'elle avait oublié le visage qu'elle avait l'habitude de considérer comme le sien auparavant, parce que chaque jour, ce qu'elle voyait dans la glace ressemblait à ce qu'elle y avait vu le jour précédent. Le soir venu elle scruta toutes ses vieilles photos, des photos d'identité, de famille, d'école. Mais sur toutes elle était floue, ses contours vagues évoquaient à peine une forme humaine. Qui croire désormais ? Lesquels des traits qu'on lui avait décrits étaient vraiment les siens ? Avaient-elles seulement déjà eu un visage à elles? Elles s'enfuirent. Longtemps elles errèrent dans la ville, entourées du rassurant œil des autres, qui eux, au moins, savaient.

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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 00:49

« Non mais je rêve ! tu m'avais promis de l'action !
-Mais Juke, tu verras que tu n'auras pas le temps de t'ennuyer ! Tel que je les connais, de l'action, tu vas en avoir ! Peut-être même trop... »
 Ils étaient tous les deux face à face au milieu du trottoir, Juke prêt à rejoindre sa vieille Punto pour mettre fin à cette discussion ridicule. Elle n'allait pas lui faire le coup une fois de plus ! Et puis quoi encore ? Il lui tourna le dos en fouillant sa veste à la recherche de ces satanées clés de bagnole.
« Ras-le-bol de tes conneries ! C'est fini, j'en ai marre, j'arrête, je me barre, c'est hors de question ! Non mais franchement, tu m'as vu ? Tu trouves que je ressemble à Mary Poppins ? Bordel elles sont où ces clés...
-Fais pas l'idiot, bien sûr que non ; écoute, ça fait des semaines que tu attends du boulot, et rien à l'horizon, alors fais pas le difficile, il faut songer à se recycler ! le travail au noir, c'est pas pour les fine-gueule, mon gars. La concurrence est rude. Allez, je sais que tu t'en sortiras bien, tu as le bon esprit pour ça, tu es un aventurier qui n'a pas froid aux yeux ! »
Juke maugréa dans son col, bataillant toujours avec ses poches. A tous les coups elles étaient encore tombées dans la doublure. Annett n'avait pas tort, les clients se faisaient rares. Il faudrait bien, un jour ou l'autre, qu'il pense à se tourner vers un métier moins turbulent ; oh bien sûr, tant que l'homme survivrait à sa technologie, il y aurait toujours des affaires à conclure, des comptes à régler, mais il n'était pas seul sur le marché, et son nom ne figurait plus sur la liste des hommes de pouvoir. La nouvelle génération, plus performante, sans doute...
Mais enfin, à quoi il pensait, là ? Il ne pouvait quand même pas accepter de superviser les jumelles, et pendant toute une semaine, encore ! Sa fierté d'homme le lui interdisait, tout bonnement. Son boulot, c'était de manier l'arme de poing, pas le biberon. Il se retourna vers Annett. Elle avait son fameux regard bourré de coins de sourire, ses yeux pétillants derrière sa frange invraisemblable et ses dents du bonheur. Et merde.
« Alors, Juke, on dirait que tu as peur de mes monstres ?
-Combien tu me payes ? »

***
« Je savais que je n'aurais jamais dû... »
Contrairement à toute attente, les deux gamines l'avaient adoré. Cela faisait à peine quelques heures qu'Annett était partie, l'abandonnant seul dans l'arène face aux deux fauves de neuf ans, qu'il était déjà submergé par leur nombre. L'une était à genoux sur les siens, fort occupée à appliquer un maquillage outrancier à travers les poils d'une barbe qu'il avait eu du mal à la dissuader de raser, la bouche tordue et la langue tirée en signe d'intense application, ce qui ne suffisait manifestement pas à la réussite de l'opération. L'autre était debout sur le lit derrière lui, en train de lui massacrer les cheveux à grand coups de fer à friser et de barrettes multicolores. Il regretta presque d'avoir tenu à ne pas couper sa crinière depuis ses quinze ans. Et leurs babillages incessants ! Ses oreilles en sifflaient. « Juke » par-ci, « Juke » par-là, des questions dont il se demandait comment deux gamines de cet âge pouvaient avoir l'idée. Le pire, ce fut quand elles commencèrent à lui poser des questions concernant leur mère. Evidemment, mal à l'aise, il éluda. Grave erreur. Ces pestes devaient avoir une sorte de sixième sens (probablement appelé perversion), et à partir de là elles ne tarirent plus sur le sujet. S'il n'avait pas déjà eu le visage intégralement rose, il aurait été rouge jusqu'aux oreilles.
C'est quand elles voulurent lui faire passer une robe d'Annett, à fleurs bien entendu, qu'il se rebella. Ce fut terrible. Un parquet trop ciré dans une maison de retraite n'aurait pas provoqué plus d'affolement. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, les jumelles se retrouvèrent empaquetées dans leurs draps, sous le lit, porte fermée, chaise bloquant la poignée... de l'extérieur. Juke se vautra avec volupté dans le canapé, savourant la paix soudaine qui s'était posée sur la maison, comme un rayon de soleil sur une campagne après la pluie. Le maquillage le grattait. Elle n'aurait jamais dû lui étaler tout ce rouge à lèvre sur les joues. Par ailleurs il se demandait comment retirer les barrettes qui s'étaient emmêlées dans ses cheveux frisés, comme de la friture dans un filet de pêche entassé sur le pont d'un chalutier. Il sentait monter un mal de tête... il tritura les pinces multicolores, puis soupira de lassitude ; c'était plutôt pire qu'avant. Il lui faudrait certainement des années pour retirer tout ça. Il se déplaça jusqu'au miroir de l'entrée, et se jeta un regard atterré : elles avaient réussi à le faire ressembler à une pivoine avec une coupe afro. Avec une légère anxiété il espéra qu'il ne devrait pas tout raser pour retrouver une apparence moins horticole. Puis avec une anxiété un peu plus grande, il songea qu'il faudrait tôt ou tard sortir les monstres de dessous le lit. Petit, il avait une trouille bleue du croquemitaine. A l'époque il l'imaginait énorme et affamé. Maintenant il se le représentait plutôt fluet, féminin et particulièrement furieux. Et en double... il se demanda s'il n'aurait pas préféré devoir libérer son cauchemar d'autrefois. Les vrais monstres, au moins, on pouvait leur taper dessus. Mouais, il serait toujours temps après un bon bain...
Depuis ce premier jour de vacances scolaires, sa vie était, comme redouté, devenue un enfer : elles n'avaient pas aimé le coup du drap. Ah, les femmes ! Déjà à cet âge-là, elles savaient parfaitement comment vous pousser à bout, patiemment, par petites touches bien choisies, et prenaient un malin plaisir à vous pourrir l'existence pour se venger d'une broutille bien méritée. Il ne s'était jamais marié, et maintenant qu'il avait la charge des jumelles, il savait mieux que jamais qu'il avait eu raison. Et Annett... Il n'était pas prêt de lui rendre encore service, fût-ce payé !
Elles ne mangeaient pas, toujours trop chaud ou trop froid, trop salé, ou pas assez ; elles traînaient matin et soir, accomplissant en une heure ce que n'importe quel être humain rompu au déplacement bipède pouvait faire en dix minutes. Et inventives avec ça ! Leur dernière lubie était de fouiller dans ses affaires pour habiller leurs poupées. Elles avaient déjà découpé une chemise pour en faire une robe et utilisé le drap du lit de la chambre d'amis comme chiffon à poussière. Le tout avec un air angélique, l'image même de l'innocence et de la naïveté, s'il faisait mine de s'énerver. Quand il fallait les mettre au lit, elles se disputaient, toujours associées, en se jetant des regards de connivence en même temps que des insultes et des oreillers. Et elles se réveillaient la nuit à tour de rôle pour hurler qu'elles avaient fait un cauchemar. En règle générale, si il ne se pliait pas à la moindre de leur volonté, il pouvait dire adieu à ses tympans, rapidement et irrémédiablement endommagés par un cataclysme sonore. S'il s'en sortait avec des acouphènes permanents, Annett aurait de ses nouvelles.
Il n'avait même plus le temps de se poser des questions sur sa condition d'esclave, et de monter un plan d'évasion : elles le surmenaient, et il n'avait pas assez de toute sa personne pour rattraper leurs dégâts. Il avait encore une barrette entortillée dans les cheveux, des cernes bleuissant toujours plus sous les yeux, le teint pâle malgré une faible réminiscence de rouge à lèvres sur la pommette gauche ; son drap empoussiéré pendouillant à la main, sa chemise froissée boutonnée de travers, le bout de sa ceinture rebiquant tristement, l'homme fier qu'il avait été semblait une personne morte, ou un rêve qu'il avait fait des années plus tôt, la dernière fois qu'il avait pu passer une nuit tranquille. Les deux fauves l'avaient dompté en trois jours.

***

C'est jeudi qu'ils signèrent l'armistice. Il avait levé ses mains ouvertes au-dessus de sa tête, les agitant mollement en signe de capitulation, blotti derrière un fauteuil, le soir où elles l'avaient menacé avec le tisonnier et la pelle à cendre alors qu'il avait eu un dernier sursaut de dignité et d'indignation. Les clauses du traité de paix étaient simples : il les servirait en tout, les conduirait, se plierait à leurs quatre volontés, et en échange, elles se tiendraient tranquilles ; le tout fut rédigé au feutre, en lettres multicolores, au dos d'une vieille facture de téléphone sur la table de la cuisine, et ratifié par les deux parties ( les jumelles l'avaient tamponné avec des animaux de la ferme pour faire plus officiel ). Juke goûta au doux repos d'un joug lourd mais immobile, après avoir été ballotté en tous sens pendant les jours précédents. Quand Annett revint, il lui dit avec un sourire crispé et à peine un regard vers la porte entrouverte, derrière laquelle il savait que guettaient quatre oreilles tyranniques, qu'elles avaient été des anges. Annett lui trouva un air bizarre, et renonça définitivement à lui confier de nouveau ses filles lorsqu'elle retrouva le traité de paix oublié sur le frigo, maintenu par deux magnets des régions de France.

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5 janvier 2009 1 05 /01 /janvier /2009 20:24
Amis Parisiens, il a neigé aujourd hui. Que dire de plus ?


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