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8 octobre 2012 1 08 /10 /octobre /2012 19:03

 

Ce n'était pas une cave. Ni un tombeau, heureusement ! Elle se trouvait au pied de l'immense escalier, au seuil d'une grande salle manifestement toute en longueur, aux murs de pierre, séparée en deux par un gouffre central, là où le sol disparaissait brusquement et tombait à pic. Elle discernait assez bien le mur opposé, mais les extrémités de la pièce restaient repliées dans le noir. Elle s'avança sur le sol pavé de larges dalles bien plates, longeant prudemment le mur. Ici il y avait un écho, qui lui renvoyait vaguement son souffle un peu haché. L'obscurité était totale, seulement déchirée par la lueur de sa lampe frontale ; pas moyen d'embrasser toute la salle d'un regard. Elle leva la tête, pour découvrir qu'il lui était impossible de voir le plafond : l'endroit devait être immense. Elle marcha jusqu'au mur du fond sans rencontrer d'obstacle ou d'autre issue dans les parois latérales, mais finit par distinguer une ouverture béante en ogive à cette extrémité de la pièce, qui enjambait la bande noire du précipice, rectiligne et large comme un canal. Ce n'est qu'alors qu'elle comprit. Elle s'approcha jusqu'au bord de la faille, et s'y pencha pour regarder. Elle n'était même pas profonde d'un mètre, en réalité, mais l'épaisseur de l'obscurité l'avait empêchée de le réaliser plus tôt.

Comme la colonne vertébrale d'un golem ou d'un Goliath, posée dans les charbons froids, il y avait de grands rails.

Le quai se prolongeait sous l'ogive sous la forme d'une étroite plateforme, sur laquelle elle s'engagea. En fouillant le mur des yeux, maigrement éclairée par le halo blafard, elle trouva un boîtier métallique rouillé accroché à la muraille. Il y avait probablement eu une vitre pour protéger le tableau électrique qui s'y nichait, mais Alice n'en trouva pas trace. Elle introduisit la main dans l'espace ouvert livrant la série de fusibles et d'interrupteurs, elle abaissa le plus gros d'entre eux. Et la lumière se fit, dans un grand clignotement, avec force vrombissements de machines archaïques ; une lumière jaune et épaisse comme une liqueur se déversa en longues coulées sur le quai de gare, satura l'atmosphère de tons chauds, colora la pierre d'ocres et de sépia, tassa des brassées d'obscurité dans le tunnel ferroviaire, ne laissant d'ombre que dans les coins et les renfoncements, enroulées autour des reliefs comme de longues herbes aquatiques prises aux troncs des saules après une crue. De longues rampes pendaient du plafond immensément haut, clignotant avec irrégularité, à tour de rôle, comme autant d'yeux mal réveillés.

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Published by Noune
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